Bilan du conseil municipal de Marseille du 5 octobre

Bilan du conseil municipal de Marseille du 5 octobre

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La majorité de gauche « le Printemps Marseillais » à la tête de la municipalité de Marseille a aujourd’hui tenu un important conseil municipal détaillant la politique de la mairie pour l’année prochaine mais aussi certains grands axes pour le reste de la mandature. Benoît Payan, premier adjoint à la mairie, présidait la séance en l’absence de la maire Michèle Rubirola pour raisons de santé. 

280 rapports ont été votés aujourd’hui au cours du conseil municipal, durant plus de huit heures de débat et de votes.

C’est par la déclaration d’un front commun contre les mesures sanitaires imposées par le gouvernement que la séance est ouverte. Les mesures de l’Etat sont vivement critiquées par Martine Vassal (Les Républicains), présidente de la métropole. Benoît Payan quant à lui a déclaré que la crise de santé actuelle était due à la crise des hôpitaux en général, et en a profité pour appeler à l’intervention de l’Etat. Martine Vassal, bien que dans l’opposition au conseil, a exprimé être en accord avec la mairie sur les sujets de l’hôpital et des mesures sanitaires jugées arbitraires. Elle estime que c’est la coopération entre la droite et la gauche qui a permis d’obtenir les réouvertures partielles des bars et restaurants.

Le Conseil municipal s’est d’abord penché sur le sujet de la recherche et de l’éducation.

Des subventions ont été accordées à l’École centrale de Marseille pour lutter contre les inégalités d’accès au cursus. Éléonore Bez, élue Rassemblement National, s’est alors attaquée violemment à l’utilisation de l’écriture inclusive dans les rapports de la municipalité, marquant la première intervention du RN dans ce conseil municipal.

Des mesures d’aide adressées aux étudiants d’Aix-Marseille ont été votées : 25 000 euros et le soutien pour une épicerie solidaire étudiante à la Canebière portée par les étudiants ont été acceptés ; l’accès aux équipements sanitaires pour les étudiants et leurs familles sera facilité.

De nombreuses subventions supplémentaires à Aix-Marseille Université et à des associations étudiantes ont été accordées, en plus de la construction d’un gymnase à l’École centrale. La recherche a été touchée par deux mesures phares : plus de subventions municipales au CNRS pour l’organisation de manifestations scientifiques nationales et internationales à Marseille, et l’annonce de la construction d’un nouveau bâtiment de recherches sur le cancer à l’Hôpital Sainte-Marguerite.

Autre mesure importante proposée par la maire de secteur Samia Ghali (Divers Gauche) : la création d’un conseil scientifique marseillais, présidé par la maire Michèle Rubirola, afin d’appliquer des mesures sanitaires plus égalitaires et adaptées au niveau local. Ce conseil aurait également vocation à dialoguer avec le gouvernement dans le cadre des mesures sanitaires.

L’axe suivant abordé a été la gestion environnementale de la ville.

Ont été votées des mesures pour améliorer le traitement des déchets, la qualité des eaux de baignade, la végétalisation, la lutte contre les coupes d’arbre illégales, et enfin la création de nouveaux « comités citoyens du futur » qui se pencheront sur la question sociale et environnementale locale. Cette dernière mesure a été reçue par une vive opposition des élus de droite et d’extrême-droite, qui se sont opposés au principe de démocratie participative, principe défendu par Printemps Marseillais, accusant la droite de vouloir contourner les institutions démocratiques en place.

Benoît Payan a abordé le sujet de l’organisation de la Coupe du Monde de Rugby 2023 et d’épreuves des Jeux Olympiques 2024. La mairie précédente, selon lui, avait accepté l’utilisation des stades gratuitement pour la coupe du monde de rugby et avait pris en charge seule les frais d’organisation et de restructuration pour les Jeux Olympiques. Il aurait réussi via des négociations à réduire de « plusieurs » millions d’euros les frais pour la ville de Marseille, en impliquant plus les autres collectivités. Il a ainsi critiqué la gestion de la municipalité précédente ainsi que le Président de la Région Renaud Muselier (Les Républicains), qui aurait été fermé à toute négociation. Les élus de droite ont émis des doutes quant à la pérennité de l’organisation de ces grands événements sportifs face à la remise en question de l’organisation par la mairie.

Quant à la politique culturelle, les expositions permanentes dans les musées municipaux seront gratuites dès janvier 2021.

Le nouvel axe de la « tranquillité publique » a été abordé par l’adjoint à la sécurité Yannick Ohanessian, qui a fait voter l’embauche de 100 nouveaux policiers municipaux pour la sécurité de nuit notamment ainsi que pour la création d’un groupe dédié à la répression du stationnement anarchique. Les policiers seront déployés en priorité dans les quartiers périphériques.

Pour les écoles, grande priorité affichée du Printemps Marseillais, les effectifs seront encore augmentés ; le premier adjoint a annoncé la fin du monopole de l’entreprise alimentaire Sodexo, qui alimente les cantines scolaires marseillaises. Les conditions d’accès aux crèches municipales seront facilitées et les crèches vont connaître une augmentation de leurs moyens. De nouvelles aides pour les associations d’aide aux familles ont été votées.

Le déploiement de médecins du travail a été renforcé et un appel a été lancé à l’État pour améliorer leurs conditions de travail afin d’éviter que des médecins du travail continuent à quitter le public pour le secteur privé.

Une autre mesure phare est la création de bains-douches publiques pour les sans-abris, ainsi que des suivis sociaux en partenariat avec le SAMU Social (auquel les élus Rassemblement National se sont opposés sans prise de parole). Des lieux d’hébergement d’urgence vont être construits. Les associations d’aide alimentaire vont être subventionnées, et recevoir plus de repas à distribuer. Des nouvelles « maisons d’associations » seront fondées, afin de faciliter le dialogue entre les maires de secteur et le tissu associatif local.

Les agents municipaux auront maintenant la possibilité de travailler en télétravail si leurs affectations le permettent afin d’éviter la propagation du Covid-19 ; les élus Rassemblement National ont également voté contre.

Autre point central, la politique de planification commerciale de la ville a été tracée pour la suite du mandat : les implantations de commerces seront beaucoup plus régulées afin de mieux correspondre à la demande économique et ainsi assurer la pérennité des nouveaux commerces qui se recentreront sur la vente de produits locaux, et s’implanteront en priorité sur les noyaux villageois historiques.

La mairie a également banni toute utilisation d’animaux sauvages dans les cirques, comme annoncé il y a plusieurs semaines. Les cirques utilisant des animaux sauvages ne pourront pas s’implanter sur le territoire municipal.

La politique des transports, plus grand point de tension politique à Marseille, a été source de vifs débats, à cause du désaccord entre la Métropole (tenue par Les Républicains) et la municipalité ; les deux camps se sont donc mutuellement accusés de ne pas s’écouter, et le débat n’a abouti à aucun consensus. Le « plan de déplacement urbain » proposé par la métropole est jugé par la municipalité comme comportant trop de « lacunes », en particulier au niveau du développement des pistes cyclables, ainsi que des transports en commun dans le nord de la ville. Les élus Rassemblement National ont pris la parole pour dénoncer la gestion des transports de la mairie précédente, ainsi que les mesures défendues par le Printemps Marseillais, selon eux déconnectées de la réalité du terrain. Est mise en cause par les élus RN l’extension du Parc Borély jusqu’à la mer en retirant l’hippodrome et le terrain de golf actuels, et surtout en réduisant la circulation en bord de mer.

Les mairies de secteurs marseillaises vont toucher plus de subventions de la municipalité centrale, afin de pouvoir déléguer plus de prérogatives à ces dernières.

La polémique privatisation partielle du jardin public Valmer, votée sous la précédente municipalité, va être annulée, et une concertation sera lancée pour réhabiliter le parc « laissé à l’abandon » selon l’élue du Printemps Marseillais Sophie Camard (La France Insoumise).

Au niveau du logement indigne, les façades délabrées seront rénovées, et une réhabilitation de l’isolation thermique sera opérée si possible. La société ETH, qui avait été mise en charge sous la mairie précédente de réhabiliter des logements indignes mais à laquelle on n’a finalement pas fait appel, a été indemnisée par la nouvelle mairie.

Deux sujets internationaux ont été abordés : 80000 euros ont été envoyés à Beyrouth en plus des marins-pompiers marseillais déjà déployés, dont la présence au Liban sera prolongée. Benoît Payan a également annoncé que la ville de Marseille avait contribué avec la métropole à envoyer des colis humanitaires dans les territoires arméniens subissant « l’invasion azérie contraire à toute règle internationale ».

Une des dernières mesures annoncées a été la création d’aides supplémentaires aux restaurateurs pour pouvoir respecter plus facilement les consignes sanitaires, tout en leur fournissant des kits de désinfection.

Pour résumer, ce conseil municipal aura tracé les grands axes de la nouvelle gouvernance à Marseille. La majorité a ainsi appuyée sur le fait qu’elle comptait coopérer avec les associations sur la plupart des sujets, et leur a apportés un soutien financier supplémentaire. La gestion de la ville sera plus planifiée au niveau économique. La mairie s’impliquera dans la création des « assemblées citoyennes du futur » dans le but de créer une démocratie plus participative, et de créer plus de concertation au niveau local entre les mairies de secteur et les électeurs.

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