Étudiants précaires et confinés, l’enquête de l’Observatoire de la Vie étudiante

Étudiants précaires et confinés, l’enquête de l’Observatoire de la Vie étudiante

image_pdfimage_print

Créé en 1989 sous l’égide du Ministère de l’Education Nationale, l’Observatoire de la Vie Étudiante est un centre de recherche dont les travaux portent sur les conditions de vie, les pratiques et la santé des étudiants. En plus d’une grande enquête nationale tous les trois ans – la dernière, portant sur l’année 2020, paraîtra sous peu – l’OVE publie régulièrement des études thématiques. La dernière porte sur les conséquences de l’épidémie de COVID-19. Elle révèle des inégalités criantes dépendant de facteurs préexistants à la crise : comme on pouvait s’y attendre, les étudiants précaires ont été plus significativement confrontés aux effets délétères du confinement.  

Il faut noter que les enquêtes reposent sur des données déclaratives récoltées par questionnaire au sein d’échantillons représentatifs. Elles expriment donc un ressenti qui peut parfois diverger de la situation matérielle objective.

Des difficultés financières aggravées par le confinement

Un tiers des étudiants interrogés déclare avoir rencontré des difficultés financières depuis le début du confinement au mois de mars. Parmi ceux-ci, la moitié affirme que le confinement a aggravé ces difficultés, ce qui s’explique à l’évidence par le coup d’arrêt porté à l’économie. 60% des étudiants déclarant devoir travailler à côté de leurs études ont ainsi vu leur activité rémunérée diminuer, voire s’arrêter. Les aides exceptionnelles et mesures de chômage partiel n’ont pallié que partiellement ces difficultés. Les problèmes relatifs aux dépenses d’ordre alimentaire sont le plus souvent cités. Sur l’ensemble des étudiants, 6% confessent ne pas avoir toujours mangé à leur faim.

Beaucoup indiquent que la famille a pu apporter un soutien financier, quand d’autres ont dû se contenter d’aides du Crous. L’étude remarque que « Les étudiants les plus autonomes vis-à-vis de leur famille apparaissent comme les plus touchés » C’est d’ailleurs parfois des étudiants que dépendent les proches : 8% des interrogés déclarent avoir eu à s’occuper d’un proche ou d’un enfant sur la période.  

Détresse psychologique et continuité pédagogique

Les situations de détresse psychologique ont été plus fréquemment rapportées qu’aux périodes ordinaires, avec une surreprésentation nette (+20%) des étudiants confrontés aux difficultés financières.

L’acquisition du matériel nécessaire à l’enseignement à distance arrive en seconde place des postes de dépenses qui ont posé des difficultés aux étudiants touchés par la pauvreté, après les dépenses alimentaires. Les étudiants boursiers sont plus nombreux que les non-boursiers à faire part de difficultés relatives à l’enseignement à distance, parmi lesquelles problèmes de connexion internet, de matériel numérique et manque de calme pour travailler.

Les étudiants étrangers trinquent

Les étudiants étrangers sortent grands perdants de la crise. La moitié d’entre eux affirme avoir souffert de solitude et de détresse psychologique. Ils sont aussi surreprésentés parmi les étudiants déclarant avoir été confrontés à des difficultés financières, et rapportent les pertes les plus conséquentes liées à l’arrêt d’activité rémunérée. Généralement plus âgés et autonomes, ils ont aussi été moins nombreux à pouvoir rejoindre le domicile familial, par impossibilité matérielle et pratique.

Et après les études ?

L’épidémie prolongera-t-elle les situations de précarité supposées s’interrompre avec la fin des études ? Son impact sur l’insertion professionnelle est d’ores et déjà redouté. Près de 40% des stages professionnels prévus sur la période ont été annulés. La moitié des étudiants craignent un effet négatif sur leur insertion professionnelle, avec un pessimisme curieusement d’autant plus marqué chez les plus qualifiés (bac +5). Il faudra encore quelques mois pour mesurer l’impact global sur les promotions diplômées en 2020, mais les pouvoirs publics l’anticipent déjà. Une batterie de mesures palliatives est prévue dans le plan de relance post-crise annoncé par le gouvernement en septembre dernier.

Sans présenter de statistiques comparatives, plusieurs enquêtes et reportages publiés dans la presse relatent difficultés à l’embauche, licenciements et multiplication des contrats précaires imposés aux jeunes travailleurs, manifestement imputables au contexte des mois passés.

Auteur(s)

Nell Saignes
Plus de publications

Journaliste à #Droitcitoyen