Césars 2021 : une cérémonie particulière

Vendredi 12 mars, dans l’intimité d’un Olympia presque vide s’est déroulée une soirée triste et mouvementée qui n’a pas manqué de faire réagir. Entre blagues scatologiques, coups d’éclats, moments gênants, revendications, hommages et constat d’un secteur culturel en crise, cette cérémonie des césars était, comme on pouvait l’attendre, unique. Ainsi, dès son introduction, la soirée s’annonçait plutôt comme une commémoration qu’une célébration du cinéma français.

Présentée par Marina Foïs et animée au piano par Benjamin Biolay, la 46ème cérémonie des césars était présidée par Roschdy Zem. Celui-ci évoque dans son discours la crise sanitaire mais aussi les « camps de migrants et les camps de concentration en Chine » avant de terminer sur une note d’espoir annonçant que « les règles du jeu changent » et qu’on « ne fera plus du cinéma comme avant ».

Dès son entrée, crotte de chien à la main, la maîtresse de cérémonie, attaque dans son sketch d’introduction la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement : « Les salles de spectacles étaient fermées, il y avait moins de flux de gens donc on a pu organiser des gros flux dans les magasins et les centres commerciaux ». Une introduction politique pour une soirée qui le sera tout autant.

Discours politiques et coups d’éclats

L’édition 2020 nous le confirme; cette cérémonie est devenue un événement politique. À l’image des Oscars, la soirée des Césars devient le lieu et l’occasion pour les professionnels du spectacle de mettre en scène et en lumière les sujets sociétaux les plus brûlants du moment. Ainsi, comme pour rattraper les écarts de l’année précédente, celle-ci semble-t-il n’avait pas le droit à l’erreur. De nombreux artistes ont donc utilisé la tribune que leur offrait la scène de l’Olympia pour s’adresser directement à la ministre de la Culture et dénoncer le sinistre de la culture.

Ils demandent à l’unanimité la réouverture des salles et des lieux de culture rapidement et déplorent les conditions de survie des intermittents du spectacle. Ces derniers se sont vus représentés par deux membres de la CGT invités par Chiara Mastroianni à s’exprimer sur scène. Les critiques visaient principalement Roselyne Bachelot (qui n’a suivi que le début de la cérémonie depuis les coulisses) pour son action insuffisante. Jusqu’à un événement qui a beaucoup fait réagir : l’intervention de l’actrice Corinne Masiero qui s’est mise nue, ensanglantée sur la scène pour défendre les intermittents.

D’autres sujets ont été abordés allant des critiques sur la loi sécurité globale à la représentation des noirs au cinéma. Les deux premiers lauréats remportants les Césars du meilleur espoir ont par exemple revendiqué la présence plus forte des minorités à ces cérémonies, regrettant la difficulté selon eux d’y accéder. Le lauréat du meilleur acteur Jean Pascal Zadi a lui aussi tenu à rappeler le manque de diversité et sa volonté avec son film Tout simplement noir de dépeindre la complexité humaine. Il continue en rendant hommage à Adama Traoré ou Michel Zecler et conclut son discours sur une subtile invitation à déboulonner les statues qui représentent l’esclavagisme. L’humoriste Fary, venu remettre le césar du meilleur costume, a lui aussi été dans ce sens en critiquant le terme « islamo-gauchiste » avant d’oublier son texte puis de le retrouver pour évoquer les acteurs noirs dans le cinéma français.

Réactions

Sur les réseaux sociaux et dans la presse, la soirée a beaucoup fait réagir, y compris au sein du gouvernement. Pour beaucoup, la soirée était excessivement politisée.

Du côté du gouvernement, pour Eric Dupont Moretti le ministre de la Justice, « une cérémonie comme celle là c’est fait pour que les gens aient des paillettes dans les yeux » juge t-il. Interrogée sur RTL la ministre de la Culture Roselyne Bachelot n’a pas apprécié la soirée : « Est-ce que cette cérémonie a été utile au cinéma français ? Je ne crois pas », a-t-elle jugé. « Le côté meeting politique de cette affaire a nui à l’image du cinéma français ». « Le cinéma, c’est une industrie culturelle et créative. Les Césars, c’est une vitrine pour vendre notre cinéma. Est-ce que vous voyez l’image que ça a donnée ? C’est navrant de voir des artistes piétiner leur outil de travail »

Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte, récompensés lors de la cérémonie par un césar d’anniversaire, ont eux aussi réagi quelques jours plus tard : Gérard Jugnot juge que « ce n’est pas ça qui va donner envie aux gens de retourner au cinéma ». Thierry Lhermitte quant à lui ironise : « Je regrette qu’on n’ait pas abordé les Rohingyas, le Yémen, la Syrie, les élections américaines avec l’invasion du Capitole, Navalny, l’endométriose – pas un mot ! Le bien-être animal, la chasse à courre, rien du tout ! »

D’autres ont apprécié ces coups d’éclats audacieux.

Hommages

C’était aussi de nombreux hommages émouvants qui rappelaient de grands moments de cinéma. Un grand hommage à tous les acteurs morts cette année a ému le public avec une musique jouée et interprétée par Benjamin Biolay. Louis Garrel rendait un hommage sobre et sincère à son ami Jean Claude Carrière. Enfin, cette année, le César d’honneur revenait à Jean Pierre Bacri qu’on a pu apercevoir quelque instants dans la salle, en personnage d’animation…

Récompenses

Bien sûr la soirée comptait des récompenses, parfois inattendues, des césars meilleurs espoirs qui annoncent une nouvelle génération d’actrices et d’acteurs. Mais le grand gagnant de la soirée était Albert Dupontel pourtant absent de la cérémonie. Il obtient un véritable triomphe pour son film Adieu les cons. Voici donc le palmarès de la cérémonie :

Meilleur film : Adieu les cons, d’Albert Dupontel

Meilleure réalisation : Albert Dupontel pour Adieu les cons

Meilleure actrice : Laure Calamy pour son rôle dans Antoinette dans les Cévennes

Meilleur acteur : Sami Bouajila pour son rôle dans Un fils

Meilleur acteur dans un second rôle : Nicolas Marié pour son rôle dans Adieu les cons

Meilleure actrice dans un second rôle : Emilie Dequenne pour son rôle dans Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait

Meilleur film étranger : Drunk, de Thomas Vinterberg

Meilleur premier film : Deux, de Filippo Meneghetti

Meilleur scénario original : Albert Dupontel pour Adieu les cons

Meilleurs décors : Carlos Conti pour Adieu les cons

Meilleurs costumes : Madeline Fontaine pour La Bonne Épouse

Meilleur espoir féminin : Fatiha Youssouf pour Mignonnes

Meilleur espoir masculin : Jean-Pascal Zadi dans Tout simplement noir

Meilleur court-métrage d’animation : L’Heure de l’ours, d’Agnès Patron

Meilleur long-métrage d’animation : Josep, d’Aurel

Meilleur documentaire : Adolescentes, de Sébastien Lifshitz

Meilleur film de court-métrage : Qu’importe si les bêtes meurent, de Sofia Alaoui

César des lycéens : Adieu les cons, d’Albert Dupontel

Meilleur son : Yolande Decarsin, Jeanne Delplancq, Fanny Martin et Olivier Goinard pour Adolescentes

Meilleure adaptation : Stéphane Demoustier pour La Fille au bracelet

Meilleur montage : Tina Baz pour Adolescentes

Meilleure photographie : Alexis Kavyrchine pour Adieu les cons

Meilleure musique originale : Rone pour La Nuit venue

César d’anniversaire : Le Splendid

César d’honneur : Jean-Pierre Bacri